La mode éthique et responsable : qu'est-ce que c'est ? (1)

Par Lucie Ceresa - 30 septembre



Le respect de l’environnement et des producteurs s’imposent de plus en plus comme un critère d’exigence dans les modes de consommation. Consommer moins mais mieux est devenu un principe pour de nombreux consommateurs. 

Consommer mieux c’est faire le choix de produits de qualité fabriqués de façon éthique et responsable. Cette responsabilisation de la consommation touche de nombreux domaines tels que l’alimentation, les cosmétiques ou la mode en général, des vêtements aux chaussures en passant par les accessoires. 

Seconde industrie la plus polluante, derrière l’industrie pétrolière, l’industrie de la mode est de plus en plus pointée du doigt trahie par des pratiques contestées et contestables. Une prise de conscience grandissante alimentée régulièrement par des événements tragiques tels que l’effondrement du Rana Plaza en 2013, qui est sans aucun doute le plus tristement célèbre et qui a provoqué une véritable onde de choc en révélant les abus de cette industrie. 

Mais l’industrie de la mode ce sont également des marques, de plus en plus nombreuses, qui s’engagent à proposer des produits des qualité, issus d’une chaîne de production éthique, respectueuse de l’environnement et transparente. 

Sommaire de cette Partie 1 : 

Aujourd'hui et le futur 
Etat des lieux
Le futur de la mode sera éthique et responsable
Et si le futur de la mode passait par un nécessaire ré-apprentissage de la mode ?
Exemple d'innovation tech (et utile) : Crop-à-porter


Le textile en quelques chiffres



Ces chiffres sont la traduction concrète du modèle de la fast-fashion, établi depuis le début des années 2000. Le fondement de ce modèle est un renouvellement permanent des collections avec des produits proposés à bas coûts, afin d’inciter à une consommation vestimentaire permanente. En 15 ans, les prix de vente des vêtements ont diminué de 15 à 20%.

Un des piliers de cette économie linéaire (production-utilisation-poubelle) est une production à très bas coûts dans des pays qui bafouent les règles environnementales ainsi que les droits du travail. 
La mode est devenue une industrie dirigée par une seule motivation : le profit. Elle en oublie son fondement : le vêtement. 

Mais le modèle économique actuel qui régente l’industrie du textile vestimentaire, commence à montrer ses limites. 
Les nouveaux consommateurs des générations Y (personnes nées entre 1980 et 2000) et Z (personnes nées à partir de 2001 jusqu’à aujourd’hui) cassent les codes de la consommation de masse pour revenir à une consommation plus raisonnée, car soucieux de l’impact qu’elle a sur l’environnement et les questions éthiques qu’elle soulève. 

Enfin, à l’heure de l’hyper connectivité et des réseaux sociaux, les pratiques discutables employées par cette industrie sont largement pointées du doigt et relayées en un temps record à travers le monde. 

« Le flux mondial des matières textiles vestimentaires », issu du rapport de la fondation Ellen MacArthur, qui illustre l’économie linéaire, modèle actuel de l’industrie du vêtement [2]

1. Aujourd'hui et le futur 

  • Etat des lieux 
Il est urgent d’agir ! 

La Fondation Ellen MacArthur, par son programme « Circular Fibres Initiative » (lancé au mois de Mai 2017 et qui défend le modèle d’économie circulaire comme le futur modèle économique de l’industrie du vêtement), a dévoilé un rapport intitulé A new textiles economy : Redisigning fashion’s future qui décrit la démarche pour refondre l’économie linéaire textile en une économie circulaire textile. Ce rapport commence par des constats alarmants. En voici quelques-uns :

Concernant la pollution par des substances toxiques générée par la production de textiles [2]

  • En 2015, la production de textiles totalise 1,2 milliards de tonnes de CO2 émis, ce qui représente plus que les émissions combinées de la totalité des vols internationaux ET des transports maritimes de la même année ! 
  • 20% de la pollution industrielle de l’eau sont dus uniquement aux opérations de teintures du textile et autres opérations d’ennoblissement textile
  • Si rien ne change, en 2050, l’industrie textile utilisera plus d’un quart du budget carbone mondial, pour une augmentation de la température globale de 2°C
👓 L'info en + : Qu’est ce que le budget carbone ? 
En 2015, chaque Etat signataire de l’accord de Paris sur le climat a défini son « budget carbone ». Il correspond aux émissions de gaz à effet de serre qu’un Etat a le « droit » d’émettre de façon à limiter l’augmentation de la température de la surface terrestre à 2°C, depuis le début de l’ère industrielle (1880). 

Entre 1880 et 2010, cette température a augmenté de 0,9°C. Par déduction, l’augmentation future  doit se limiter à 1,1°C. [3]


Concernant la pollution engendrée par l’utilisation des vêtements et les déchets vestimentaires [2]

  • Le lavage ménager des vêtements rejette annuellement un 1/2 million de tonnes de micro-fibres plastiques dans les océans, ce qui représente l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques 
  • Chaque seconde, l’équivalent d’un camion de déchets vestimentaires est brûlé ou tout simplement enfoui  
  • On estime une perte financière annuelle de 500 milliards de dollars due à des vêtements jetés mais à peine portés et rarement recyclés 
- Concernant les problèmes éthiques [2]

L’industrie du textile emploie plus de 300 millions de personnes, à travers le monde, tout au long de sa chaîne de production. 
Beaucoup de ces personnes travaillent dans des conditions discutables : emploi de produits chimiques dangereux, aucune règle de sécurité respectée, aucune protection corporelle, aucun respect des droits du travail, salaires qui ne permettent pas de vivre dignement (par rapport au coût de vie du pays), des semaines de travail de plus de 70 heures, ou encore travail des enfants. 

L’évènement le plus marquant est sans doute l’effondrement du Rana Plaza au Bengladesh, le 24 Avril 2013. Cet immeuble abritait plusieurs ateliers de confection et a provoqué la mort de 1138 personnes. Cet accident a révélé au monde les limites et les méthodes controversées employées par la fast-fashion pour respecter son modèle : produire des vêtements jetables à bas coûts afin d’encourager toujours plus la consommation. 


La proposition d’une économie circulaire appliquée à l’industrie du vêtement, par la fondation Ellen MacArthur : 

« Ambition pour une nouvelle économie textile »issu du rapport de la fondation Ellen MacArthur, qui illustre l’économie circulaire imaginée par l’association et appliquée à l’industrie du vêtement [2]

Prise de conscience (en marche) ?

  • Au début de l’année 2018, l’ONU Changements climatiques (département de l’organisation mondiale spécifique aux questions environnementales) a réuni, pendant 2 jours à Bonn, 38 représentants de marques textiles ainsi que quelques industriels du secteur et des représentants d’associations de protection de l’environnement dans le domaine de la mode. L’objectif était d’explorer ensemble des pistes pour diminuer l’impact nocif de l’industrie de la mode sur l’environnement. [4]
  • En mars 2018, l’ONU a tenu une conférence à Genève, en présence également de nombreux acteurs et parties prenantes du secteur de la mode. Lors de cette conférence, les conditions de travail des ouvriers du textile ont été pointées du doigt. Les Nations Unies ont insisté sur l’urgence d’agir et ont rappelé les actions et le travail en cours menés par ses différents départements, dont l’ONU Changement climatiques. [5]
  • En avril 2018, le gouvernement français a présenté son programme pour le développement de l’économie circulaire. Ce dernier stipule que plus aucun invendu de la filière textile, en France, ne sera jeté ou invendu d’ici 2019. Cette déclaration d’intention fait suite à la demande de l’association Emmaüs qui souhaite  appliquer les principes de la loi contre le gaspillage alimentaire, adoptée en 2016, au secteur textile. L’objectif est d’interdire aux marques de jeter leurs vêtements invendus et de les obliger à nouer des partenariats avec des associations. [1] et [6]
👓 L'info en + : La loi contre le gaspillage alimentaire 
Depuis février 2016, toutes les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 m2 sont contraintes de donner leurs invendus à des associations caritatives. 

Une lueur d'espoir qui commence à pointer son nez ? 

  • Le futur de la mode sera éthique et responsable
- "Ethique" et "Responsable" : définitions

Ethique : Qui concerne la morale, qui intègre des critères moraux dans son fonctionnement 
La morale : science du bien et du mal, ensemble de règles de conduite considérées comme bonnes 

Responsable : Mot au sens double (une des magies de la langue française)
→ Réfléchi, sérieux, qui sait peser le pour et le contre, qui mesure les conséquence de ses actes 
→ Coupable, qui est cause de, qui est la raison de, qui doit assumer la responsabilité de quelque chose

Et l'Homme n'est-il pas responsable des changements climatiques pour lesquels il doit prendre ses responsabilités et devenir plus environnementalement plus responsable ? (A méditer) 

- Que représente la mode éthique ET responsable ? 

Il est difficile d’avoir des chiffres précis et actuels sur ce que peut représenter la part de la mode responsable dans l’industrie globale de la mode, en termes de vente et/ou de production.

En Janvier 2010, lors d’une conférence de presse sur le sujet, l’Institut Français de la Mode (IFM) avait estimé (pour le marché français seulement), une croissance lente mais progressive de la consommation de la mode responsable. [7]

Tout passe par un changement de consommation du vêtement. 






L’effort ne doit pas être unilatéral et venir exclusivement des industriels du secteur. Il doit être mené conjointement avec les consommateurs qui doivent réagir face au système de la fast-fashion. 

Heureusement, les Millenials (génération Y), et de plus en plus la génération Z qui suit, sont dans la place ! 

Transparence (éthique et environnementale) et utilité des produits achetés sont devenues les exigences de cette nouvelle génération de consommateurs hyper-connectés, qui utilisent cette connexion permanente pour s’informer avant d’acheter et donner un retour d’expérience.  

MUE magazine est le premier e-magazine imprimé sur demande consacré exclusivement à la mode éthique et responsable. Dans son quatrième numéro (N°4 Lila), une description intéressante de l’évolution des consommateurs, et de leur consommation en fonction des générations, est donnée. Un parallèle y est fait avec l’importance croissante que ces différentes générations qui se succèdent donnent aux questions environnementales et éthiques. [7] et [8]

Ces nouveaux consommateurs sont la génération du troc, de l’économie solidaire et de la récupération. Preuve en est : les friperies n’ont jamais eu autant de succès !

- Le vêtement a (doit avoir) plusieurs vies 

Il peut connaître plusieurs propriétaires via le vaste réseau de la seconde main : friperies, magasins solidaires, associations, marché aux puces… 

Il peut se transformer en un autre vêtement totalement différent. C’est ce que l’on appelle l’up-cycling ou comment faire de nouveaux vêtements avec des chutes de tissus, des nappes, des rideaux, des textiles d’ameublement ou des anciens vêtements.  

Ce concept est défendu par la marque française Les Récupérables qui est devenue un acteur incontournable de la mode responsable et éthique, et qui prouve que l’on peut arborer un look pointu tout en étant acteur de l’évolution de la mode vers une mode éthique et responsable. 

Quelques jolis modèles proposés par la marque Les Récupérables : la SEXY KOMBI, le KOMBI-SHORT, le KIPANTS pantalon, le KROP TOP et le BANDIT Head Band [10]


Plus « traditionnellement », un vêtement peut être récupéré, via des bornes de récupération, puis transformé dans le but d’obtenir du fil textile propre à la confection. La marque française Hopaal s’est appuyée sur ce type de recyclage textile pour imaginer des vêtements du futur (pull, tee-shirt et chemises, pour le moment), entièrement conçus avec ces matériaux fibreux issus du recyclage. [11]

Tee-shirt unisexe Hopaal White Summit [12] : 60% de coton bio recyclé, 40% de polyester recyclé

- Quelques données sur la collecte des textiles en France [13]


Actuellement, sur les 600 000 tonnes de nouveaux produits mis à disposition des consommateurs français, il est très difficile de savoir ce que représentent les invendus. 
Pour donner une idée de l’ampleur de cette quantité, les invendus mondiaux de la multinationale suédoise de la fast-fashion de l’année 2017 ont représenté environ 4 milliards d’€… Des produits neufs qui auraient été tout simplement incinérés ! [1]

L’objectif fixé pour la France est d’atteindre une collecte de 5 kg/an/habitant, d’ici 2019. Ce qui veut dire 50% de la quantité totale de TLC mise sur le marché français annuellement. 

Le devenir des textiles usagés collectés en France (sur les 195 000 tonnes collectées, en 2015) : [14]



Malgré tout, l’économie de la seconde main a besoin d’être alimentée en nouveaux produits… fabriqués de manière réfléchie, éthique et responsable !

  • Et si le futur de la mode passait par un nécessaire ré-apprentissage de la mode ?
L’idée est défendue par la prévisionniste des tendances Lidewij Edelkoort dans son Manifeste Anti-Fashion qui se résume ainsi : « La mode est morte. Vive le vêtement !»  [15] et [16]




Dans son manifeste, Mme Edelkoort constate que le système actuel de la mode est devenu totalement obsolète car en décalage par rapport aux attentes des consommateurs des nouvelles générations Y et Z. 
Le « fashion system » dans son ensemble est à revoir. A commencer par l’enseignement de la mode qui forme des designers sans aucune connaissance textile, que ce soit des matières ou de la chaîne de production. 
Seul le marketing est important : les designers sont formés à vendre une image et des produits « dérivés » à fort profit. 
Le vêtement n’occupe plus la place centrale qu’il occupait dans les années 70-80.  


Ré-apprendre la nécessité que représente un vêtement (oui, car s’habiller est une nécessité) et ré-apprendre ce qu’est un vêtement dans son ensemble. 

Cela passe par :

  • la connaissance les matières textiles, au niveau de la fibre : le lin, la laine, la soie, le coton, l’ortie, les matières artificielles, les matières synthétiques… 
  • la connaissance des textiles, au niveau de leur construction : les armures de tissus, les points de tricot, les tissus Jacquard, le tricot circulaire ou rectiligne, les différents métiers à tisser (à lances, jet d’air, technologie Jacquard…)
  • la connaissance des étapes de transformation de la matière : la carde, la filature, l’ensimage, le tissage, le tricotage, la teinture… 
L’idée est d’associer la bonne matière textile au bon processus de transformation afin de répondre au mieux à l’application pour laquelle le vêtement est destiné. 
Tout ceci dans le but de créer des vêtements qualitatifs, durables et avec du style !
Les techniques de tissage et de tricotage offrent des possibilités quasi infinies, propices à la création et à l’innovation. 

Ce ré-apprentissage s’associe à un cycle de vie des vêtements repensé, qui mesure et évalue l’impact environnemental de chacune des étapes qui le composent. 

🌍 Le but étant que ce vêtement doit laisser le minimum de traces de son passage sur Terre. 


Quelques exemples de pratiques pour limiter cet impact : 

  • l’utilisation de ressources responsables et facilement recyclables 
  • l’utilisation de processus de transformation de la matière les moins impactant possible 
  • limiter les déchets en utilisant de nouvelles techniques telles que, par exemple, la méthode de patronage 3D pensée par la marque Milan AV-JC. Le principe est d’optimiser les patrons des vêtements afin que chaque cm2 de matière textile soit utiliser pour la confection dans l’objectif de ne générer aucun déchet textile
  • indiquer des bons conseils d’entretien aux consommateurs 
  • indiquer des solutions pour bien se « débarrasser » du vêtement 

👍 Un peu de connaissance mais surtout beaucoup de bon sens, non ? 

  • Exemple d'innovation tech (et utile) : Crop-à-Porter

La marque américaine fait partie des finalistes (et gagnants) de la 3ème édition des Global Change Awards. Chaque année le concours, créé et organisé par la Fondation H&M, récompense les entreprises qui s’engagent dans une mode durable et respectueuse de l’environnement. [17]

Le concept de Crop-à-Porter est de concevoir des vêtements à partir de fils entièrement issus des surplus des cultures agricoles de graines de lin, chanvres, canne à sucre, bananes, ananas. 

👓 L'info en + : Agraloop 
Derrière cette marque se cache la solution Agraloop. Cette solution est un des programmes proposés par la société Circular Systems, qui a fait de la valorisation des déchets en matériaux fibreux, c’est-à-dire des fils prévus pour la confection, sa spécialité. [18]


Pour conclure sur cette première partie : Il est urgent d'agir ! 

Une autre consommation de la mode est possible. 
A vous de trouver celle qui vous convient le mieux : Frip ou not frip ? Up-cycling or recycling ? Jeunes marques au sourdine responsable et éthique ? ... 

Néanmoins, si des solutions existent bel et bien, elles ne peuvent survivre qu'avec notre soutien, nous, consommateurs.  



Lire la suite ? C'est par ici... 


Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

[1]Le débat d’Europe Soir « L’industrie de la mode fabrique t-elle trop de vêtements ? » (Europe 1, 3/05/2018), Frédéric Taddeï

[2]Rapport de la Fondation Ellen MacArthur « A new textiles economy : Redesigning fashion’s future »




















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