La mode éthique et responsable : qu'est-ce que c'est ? (2)

Par Lucie Ceresa - 11 octobre



Indéniablement, des hommes et des femmes agissent pour montrer la réalité de l’industrie du textile. Et indéniablement, des hommes et des femmes travaillent au développement d’une mode plus responsable et plus éthique. 

Mais l’effort ne doit pas être unilatéral. L’essor de la mode éco-responsable dépend de la réaction et de l’action du consommateur. Il doit faire l’autre moitié du chemin en se posant les bonnes questions et en utilisant ce qu’il a à disposition pour ré-apprendre à consommer mieux et devenir un consommacteur ! 


Sommaire de cette Partie 2 : 

Être vigilants durant nos achats 
Un vêtement : c'est quoi ? comment c'est fabriqué ?
La provenance
Les labels textiles les plus répandus en France

Les vrais/faux les plus courants
Le made in France c'est FORCÉMENT bien
Le Greenwashing ou la tendance "prise de conscience"

2. Être vigilants durant nos achats 

  • Un vêtement : c'est quoi ? comment c'est fabriqué ?


Une nouvelle fois, reprenons les dires de Mme Edelkoort qui résume le paradoxe des vêtements à bas coûts [1] :

« Comment un produit qui nécessite d’être semé, cultivé, récolté, peigné, filé, tricoté, découpé, cousu, fini, imprimé, étiqueté, emballé et transporté peut-il coûter seulement quelques euros ? » 

Cette phrase, à elle seule, révèle deux facettes de la fabrication des vêtements :   
1) L’étendue des étapes de fabrication, et les coûts associés
2) Fabriquer des vêtements de qualité, ça doit prendre du temps ! 

Deux principes antagonistes avec les renouvellements de collections perpétuels de la fast-fashion.

  • La provenance 
La provenance est un premier indicateur fiable sur l’empreinte sociale et environnementale des vêtements. 

La connaissant, il est par la suite « facile » de se renseigner sur les lois en vigueur et leur respect dans le pays producteur concernant le respect des conditions de travail des employés du textile et les mesures environnementales engagées par les entreprises du secteur. 

Pour aller plus loin dans la transparence et la traçabilité : Fashion Revolution 

L’association Fashion Revolution, créée à la suite de l’effondrement du Rana Plaza le 24 Avril 2013, a lancé le programme « Who Made My Clothes ? » qui permet aux consommateurs d’interroger directement les marques sur leur chaîne de production. 

Le but : mettre un nom et un visage sur chaque étape de la fabrication des vêtements que nous portons, pour une traçabilité complète. 

Elle invite les citoyens à interpeller les marques en utilisant 3 méthodes [2] : 

E-mail : écrire un e-mail à la marque, via le formulaire pré-rempli disponible sur le site de l’association 
Twitter : envoyer un tweet sur le compte de la marque, via le formulaire pré-rempli disponible sur le site de l’association 
Instagram : poster une photo de l’étiquette du vêtement sur le compte Instagram de la marque avec la mention #whomademyclothes ?

Who made my clothes ? 

I made your clothes

Chaque année, l’association organise la Fashion Revolution Week durant la semaine qui entoure la date du 24 Avril. 
C'est un évènement mondial pour ne pas oublier la catastrophe du Rana Plaza et pour interpeller toujours plus fort l’industrie de la fast fashion. 




C'est également un mouvement citoyen qui prend chaque année plus d’ampleur, ce qui signifie que les questions éthiques et environnementales qui entourent nos vêtements deviennent de véritables enjeux. 

Cette association n’est pas qu’une association citoyenne pour les citoyens (consommateurs). 
Elle invite les marques, revendeurs ou distributeurs à communiquer directement (sans obligatoirement des demandes de la part de consommateurs) sur leur chaîne de production et montrer toutes « les petites mains » qui y travaillent. [3]

Elle encourage également les producteurs (agriculteurs, tisserands, confectionneurs, patroniers, couturiers…) à se faire connaître, à raconter leur histoire et leur métier. [4]

L’objectif de ce travail conséquent est de « rapprocher » les consommateurs des producteurs qui façonnent leurs vêtements. C'est aussi de rendre accessible aux consommateurs la traçabilité des vêtements achetés.

#whomademyclothes : de plus en plus de consommateurs veulent savoir... [5]

Si certaines marques n'hésitent pas à communiquer ces données, d'autres restent encore très opaques sur la traçabilité des vêtements qu'elles proposent. 

... et des marques de plus en plus nombreuses répondent ! [5]
👓 L’info en + :
En lien avec le programme « Who Made My Clothes ? », l’association Fashion Revolution met à disposition des curieux son Index Transparency qui classe les 100 plus grandes marques et distributeurs (150 pour l’édition 2018) en fonction de la quantité et de la véracité des informations qu’ils mettent à disposition des consommateurs sur 5 thèmes particuliers [6] : 
  • Politique & Engagements (Policy & Commitments) : les politiques environnementales et sociales, ainsi que les engagements pris pour amélioration 
  • Surveillance (Governance) : Qui s’occupe de s’assurer de la bonne application des politiques et des engagements ? Cette personne est-elle facilement accessible ? 
  • Traçabilité (Traceability) : Les marques transmettent-elles la liste de l’ensemble de leurs sous-traitants ? Dans quelle précision ?  
  • Savoir, montrer, améliorer (Know, show, fix) : Quels sont les moyens que les marques utilisent pour faire appliquer leurs politiques aux sous-traitants ? Comment solutionnent-elles les problèmes lorsqu’un de leurs prestataires ne les respecte pas ? Est-ce que les marques procèdent à des évaluations de leurs sous-traitants ? Si oui, ce rapport est-il facilement accessible ? Comment les employés de ces entreprises prestataires peuvent-ils signaler des anomalies ? 
  • Points sensibles (Spotlight issues) : Que font les marques pour s’assurer que les employés reçoivent un salaire décent ? Que font les marques pour réduire (ou responsabiliser) leurs consommations de ressources ? 
Comment sont sélectionnées ces 100 marques et distributeurs ?

  • Un chiffre d'affaire annuel qui dépasse les 1,2 million de dollars 
  • Des volontaires 
  • Des représentants de marché précis (luxe, sport, accessoires, chaussures…)
Titanesque ce travail mené par l’association Fashion Revolution, non ? 

  • Les labels textiles les plus répandus en France
Les labels sont une aide précieuse qui, derrière un simple logo, fournissent une véritable carte d'identité du produit et délivre quantité d'informations sur l'impact écologique et éthique des vêtements labellisés. 

    - Les très connus



    Label international qui garantit la protection de la santé des consommateurs. Les produits portant ce label sont exempts de produits toxiques potentiellement dangereux pour les consommateurs. 

    La version Oeko Tex Standard 1000 garantit en plus une production respectueuse de l’environnement. 

    Ce label est particulièrement employé pour le linge de maison.




    GOTS (Global Organic Textile Standard) [7] :

    Label international complet qui garantit :

    • La provenance biologique des fibres animales et végétales utilisées
    • Le respect des normes de travail de l’Organisme International du Travail (interdiction du travail forcé et des enfants, conditions de travail dignes…)
    • L’interdiction d’utiliser des produits toxiques, des substances cancérigènes, des métaux lourds ou des fibres OGM  

    Les produits certifiés GOTS doivent contenir : 

    • 75% à 90% de fibres issues de la culture biologique
    • Maximum 10% de fibres synthétiques ou artificielles 

    - Les moins connus (mais qui méritent d'être cités) 




    Label qui garantit qu’au moins 75% des opérations de production de l’article labellisé sont réalisées en France, dans des régions textiles : l’Alsace, les Vosges, le Nord, Rhône Alpes et l’Auvergne. 
    Il garantit le respect de normes qualitatives et environnementales. 

    Ce label défend les savoirs-faire textiles français.





    Ce label particulier est attribué à des entreprises françaises qui détiennent un savoir-faire précis généralement traditionnel. 

    Selon la loi, il distingue les entreprises « qui détiennent un patrimoine économique, composé en particulier d’un savoir-faire rare, renommé ou ancestral, reposant sur la maîtrise de techniques traditionnelles ou de haute technicité et circonscrit à un territoire ». 

    - Où peut-on les voir ? 🔎

    Si certains labels sont apposés clairement sur les étiquettes des produits finis, la majorité des labels concerne la phase en amont donc que nous ne voyons pas.  
    En effet, ils sont là pour certifier les producteurs intervenants lors des différentes étapes de fabrication des vêtements, et non les marques directement. 
    Sur les sites de ces labels, une liste complète des entreprises textiles certifiées est disponible.  

    Soyons honnête, c’est un peu le parcours du combattant pour réussir à « tracer » d’un bout à l’autre son vêtement.
    Mais une marque qui n’a rien à se reprocher doit pouvoir fournir la liste des prestataires avec lesquels elle travaille. 
    Ainsi, nous pouvons vérifier si ces entreprises intermédiaires sont certifiées, et, si au final le vêtement que vous allez porter (le plus longtemps possible) respecte les critères qui vous sont chers.  


    3. Les vrais/faux les plus courants 

    • Le made in France c'est FORCÉMENT bien

    Si certains produits, alimentaires principalement, sont tenus d’indiquer leur provenance, d’autres produits ne sont pas soumis à cette obligation. Les produits textiles font partie de cette seconde catégorie. 

    Une marque qui décide de mentionner clairement « Made in France » (« Fabriqué en France », ça marche aussi !) doit respecter le principe d’origine non préférentielle établie par la Direction générale des douanes et droits indirects et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. 

    👓L'info en + :  La règle d'origine non-préférentielle [10] 

    Les règles communautaires d'origine non préférentielle sont édictées par les articles 22 à 26 du code des douanes communautaire (CDC), notamment les articles 23 et 24. 
    L'article 24 de ce code dispose qu'une marchandise pour laquelle sont intervenus deux ou plusieurs pays dans sa production est originaire du pays où a eu lieu la dernière transformation substantielle ayant abouti à la fabrication d'un produit nouveau ou représentant un stade de fabrication important.

    Cette transformation substantielle du produit peut se traduire, par exemple, par :

    • Une ouvraison spécifique (le tissage, la confection…) 
    • Un changement de la position tarifaire du produit
    • Un critère de valeur ajoutée 
    • Et parfois la combinaison d’une ouvraison spécifique avec un critère de valeur ajoutée

    Pour beaucoup de professionnels, la règle d’origine non préférentielle ne peut se suffire à elle-même car est beaucoup trop large et laxiste : finalement, est-ce fabriqué (en partie) en France ? Rien n’est moins sûr… 

    Afin de compléter cette règle, des labels indépendants ont été créés et sont proposés aux entreprises désireuses de mettre en avant des savoirs-faire et une production française. Ces labels sont attribués à condition de respecter un cahier des charges précis et d’accepter des contrôles périodiques. 
    C’est le cas du label EPV, ou Entreprise du Patrimoine Vivant, qui cherche à défendre et protéger des savoirs-faire français uniques. 

    Restons sur cette notion de savoir-faire. Les deux articles complémentaires sur le « Made in France » et le « Made in China », écrits par Geoffrey de BonneGueule, expliquent parfaitement l’ambiguïté des mentions de l’origine des vêtements. 
    Plutôt que de s’arc-bouter sur le mot « France », regardons aussi ce qui se fait de qualitatif ailleurs et tentons de comprendre les marques qui décident de sous-traiter une partie de la production dans d’autres pays. 

    Chaque pays, voire région, a son propre savoir-faire garantissant des produits de qualité. 

    Par exemple [11] :

    • Le Portugal est l’un des spécialistes du travail du cuir 
    • La Roumanie, la République Tchèque, le Pologne… détiennent un savoir-faire historique dans le montage des chemises et des costumes 
    • L’Italie est spécialiste dans le travail de la laine et du cuir qui donne des produits au style inégalable (typiquement italien)
    • La Chine est culturellement liée à la soie et au travail de cette noble matière. Elle est également pointue dans le tricot
    • La France, elle, se distingue par sa culture de la mode et sa force de création. 

    Alors pourquoi ne pas partager l’effort de guerre et faire confiance à ceux qui ont les connaissances et le savoir-faire pour produire des produits de qualité et durables ?

    Certaines jeunes marques françaises, déçues par leur expérience du « 100% français », ont décidé d’appliquer ce principe et de faire confiance aux spécialistes, aussi étrangers soient-ils. [11]
    L’important est qu’elles restent fidèles à leurs valeurs et proposent, au final, des produits de qualité, parfois supérieure à celle obtenue en France.

    Si nous poursuivons l’idée évoquée dans la partie 1 : la bonne matière associée au bon processus de transformation (tissage, tricotage, ennoblissement...) pour la bonne application du vêtement, avec une confection réalisée par des connaisseurs et spécialistes, français ou non, dans des conditions décentes et bonnes pour notre planète. 
    Tout ceci dans le but de créer des vêtements qualitatifs, durables et créatifs !

    Prenons un exemple pour illustrer ce propos : voici quelques pistes de réflexion pour réaliser un tee-shirt de sport résistant à l'abrasion et respirant

    - Utilisation de 2 matières : le polyester et le polyamide (recyclés !). 
    - Le polyester sèche rapidement. Le polyamide résiste à l'abrasion. 
    - Le polyamide peut être utilisé sur certaines zones précises : celles soumises aux frottements
    - Pour le côté sport et respirant, le tricot semble tout à fait approprié. La matière sera souple et étirable. Et il est possible de jouer sur la taille des mailles et/ou sur le point de tricot pour obtenir des zones plus ou moins ouvertes, donc plus ou moins aérées aux endroits où le corps respire le plus. 
    - ... 

    Attention aux conclusions trop hâtives ! Ce qui n’est pas français n’est pas obligatoirement synonyme de mauvaise qualité et/ou de conditions de travail déplorables.


    • Le Greenwashing ou le tendance "prise de conscience"

    L’écoblanchiment ou, en anglais, le Greenwashing est un procédé marketing utilisé par une organisation dans le but de s’attribuer une image écologique. [12]

    Cette pratique est principalement le fait de grandes multinationales (suédoise ou espagnole) bien connues pour leurs pratiques environnementales très discutables. 

    Le point positif que le Greenwashing met en avant est la réelle demande de la part des consommateurs d’une mode plus éthique et éco-responsable. 
    Ces grandes multinationales l’ont compris et veulent répondre à cette demande, à tout prix et à n’importe quel prix, afin de ne pas voir leurs produits boycottés.  



    Pour conclure : une mode éthique et responsable est possible !... 

    ... vous l'aurez compris, seulement grâce aux efforts et à la vigilance réunis des professionnels du secteur de la mode et des consommateurs. 

    Alors, plutôt qu’une conclusion à cet article dense (2 parties !), un conseil : soyez curieux, renseignez-vous sur les marques que vous aimez mais surtout amusez-vous responsablement et éthiquement. Parce que le mode est aussi faite pour ça, non ? 


    Relire la première partie ? C'est par ici...


    Sources utilisées pour la rédaction de cet article : 




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    2 commentaires

    1. Bravo pour votre blog,en lisant jusqu'au bout et j'ai bien dit jusqu'au bout, on comprends pourquoi il est urgent de changer nos habitudes. Merci pour toutes ces informations sur la fabrication et son impact sur l'environnement et les hommes.

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    2. Bravo pour votre blog, j'ai appris beaucoup de choses, comment utiliser, choisir, nos vêtements intelligemment. Quels sont les impacts négatifs sur notre planète et les hommes. Merci pour toutes ces precisions

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