La laine (1)

Mis à jour : oct. 10


Officiellement, l'hiver est terminé. Mais une petite laine pour le matin et la soirée (voire pour la journée entière) est encore de bon usage. 

Mais d’ailleurs, qu’est-ce que la laine ? Peut-elle être considérée comme une matière éthique et éco-responsable ?

Plein phare sur la seconde matière textile naturelle la plus connue et utilisée après le coton.


Sommaire


Définition, histoire et quelques chiffres

Définition

Pour la petite histoire

La laine en quelques chiffres

Qu'est-ce que la laine ? 

Composition, propriétés et appellations

La filature de la laine



Définition, histoire et quelques chiffres


Définition


Si nous sommes puristes, la mention « laine » ne désigne pas que les fibres de la toison des ovidés.

En effet, le mot « laine » est un terme générique qui désigne les fibres d’animaux dont la toison est composée de fibres kératiniques :

👓 L’info en + : La kératine est une protéine qui constitue, par exemple, à 95% nos cheveux ! On la retrouve également dans les poils, les ongles, les plumes… Sans entrer dans les détails, c’est elle qui garantit la protection contre les facteurs extérieurs d’agression, notamment les UV.

Par abus de langage, le terme « laine » désigne avant tout un textile issu des fibres de la toison du mouton. Les textiles provenant des fibres d’autres animaux sont désignées directement par leur nom, comme le Mohair, le Cachemire ou l’Angora.

Dans cet article, nous traiterons de la laine provenant de la toison des moutons, la plus répandue et la plus connue de toutes les laines.



Pour la petite Histoire [2]


La laine est probablement la fibre la plus anciennement utilisée.


Préhistoire


La première trace d’utilisation de la laine de mouton se situe en Asie Mineure et remonte à 10000 ans, soit en plein dans la Préhistoire.


Le mouton, animal « créé » par l’homme, est utilisé pour les besoins humains les plus primitifs : nourriture, vêtements, abri.

3500 ans plus tard, les moutons apparaissent dans l’histoire du textile européen. Cependant, il semblerait que les moutons de cette époque étaient des animaux plus poilus que laineux, donc avec une toison peu adaptée à l’utilisation comme fibres filées.

Antiquité Il faudra attendre l’Antiquité (4000 ans avant J.-C.) pour l’introduction en Europe des moutons à laine, depuis le Proche-Orient. L’utilisation de la laine comme fibre textile est attestée dès l’âge de bronze dans les pays nordiques (1600-1500 ans avant J.-C.) : on y tissait et filait la laine depuis plus de vingt siècles, puis la laine s’est exportée à Rome. Ainsi, le plus ancien textile de laine européen connu à ce jour date de cette époque. Il est conservé dans une tourbière danoise. A l’époque romaine, la laine, le lin et le cuir sont les principales matières premières qui composent les vêtements de la population européenne. En effet, le coton, provenant d’Inde à cette époque, est considéré comme une curiosité. La soie, quant à elle, provient de Chine et est considérée comme un produit de luxe. Moyen-Âge

L’histoire de la laine est indissociable de celle du drap de laine, son principal produit « dérivé ». La draperie connaît un réel essor en Europe au Xème siècle.  Au XIème siècle, l’élevage ovin devient véritablement l’affaire de l’Espagne. C’est d’ailleurs en Espagne qu’est pratiquée pour la première fois la sélection de races pour leurs qualités de laine et, notamment, des moutons Mérinos. Au XIIème siècle, des centres de production de draps de laine se développent et au XIIIème siècle, l’essor du commerce, par le biais des foires, favorise les échanges de laines et de draps.  Plus tard... Les XVIIIème et XIXème siècles marquent véritablement le début de l’industrialisation de la production lainière, avec des inventions comme la machine à tricoter ou le métier Jacquard programmable, qui produit 12 fois plus vite qu’un métier à tisser manuel.  A la même époque, la laine est de plus en plus concurrencée par le coton, qui est notamment apprécié pour sa douceur et sa facilité d’entretien.  Les grands élevages d’Australie et de Nouvelle Zélande se développent, ce qui a pour conséquence des exportations massives et la chute des cours mondiaux de la laine.  Depuis 1900, les fibres naturelles dont fait partie la laine, sont concurrencées par les fibres artificielles et, depuis les années 40, par les fibres synthétiques.



La laine en quelques chiffres


La production mondiale [2] et [3]

La production mondiale de laine, restée pratiquement constante pendant longtemps, décroît régulièrement depuis les années 2000. Elle atteint son plus bas niveau au début des années 2010.


(Source : Union des Industries Textiles, Chiffres Clés 2017/2018)

Les trois principaux pays producteurs de laine sont la Chine, l’Australie et la Nouvelle Zélande. En 2013, la production mondiale de laine se répartissait comme suit :

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Laine)

La production française [4]


En France, 15 000 tonnes de laine sont produites chaque année.

Cette laine brute provient de la tonte sanitaire obligatoire des moutons, quelque soit leur race. Mais elle reste considérée, en Europe et en France, comme un sous-produit de l’élevage des ovins, avant tout élevés pour leur viande.

Pendant de nombreuses années, la qualité de la laine produite en France n’était pas au rendez-vous. Ceci était notamment dû à l’absence de la sélection par race.

Malgré les initiatives de relance des élevages de race de qualité (mérinos, chèvre angora), celles-ci ne peuvent pas répondre à nos besoins en quantité suffisante. Si bien que pratiquement toutes les manufactures françaises tricotent des laines provenant d’Australie ou d’Angleterre, pour les laines les plus qualitatives.

La majorité de la laine française (hors celle produite par ces irréductibles élevages de race) est transformée en Chine, à bas coût et dans des conditions environnementales désastreuses, auxquelles se greffe l’impact du transport aller-retour par cargo. En outre, ce processus de transformation n’assure pas  non plus une traçabilité claire pour cette laine qui revient en France.

Les deux seules usines de lavage de laine brute françaises, la SARL Laurent Laine (Haute-Loire) et la PME Lavage de Laines de Sauvigny (Allier), approvisionnent la trentaine de filatures encore en activité sur notre territoire. Cette chaîne de production française (lavage + filature) n'arrive à traiter que 10% de la laine "récoltée" chaque année en France, donc seulement 1500 tonnes sur les 15000 tonnes annuelles.  


Les applications dans lesquelles est utilisée la laine 

(Source : Mag’in France, n°11, Janvier/Février 2018)

Qu'est-ce que la laine ? 


Composition, propriétés et appellations [1]


Composition

Un petit peu de technique pour bien comprendre…

Coupe d'un poil de laine

Le poil de laine pousse dans le derme à partir d’un bulbe. Il reçoit le suint, produit par les glandes sudoripales et la suintine, produite par la glande sébacées. Ces deux sécrétions rendent la toison du mouton grasse.

La croissance et les propriétés des poils de laine dépendent de la race de l’animal, et des conditions d’élevage de ce dernier (conditions climatiques, nourriture…).

Le poil comprend trois parties : la racine, le fût et la pointe. 

Si nous regardons de plus en plus finement la structure de ce poil (ou fibre) de laine :




Propriétés

Si on regarde une coupe transversale la fibre de laine au microscope, on s’aperçoit que celle-ci présente une circonférence légèrement elliptique. 

La fibre de laine est plus ou moins frisée (en forme de ressort) et présente à sa surface des écailles ce qui lui donnent ce toucher rugueux caractéristique. Cette frisure permet au filé de laine d’emprisonner l’air donc d’avoir un certain pouvoir isolant et, par conséquent, de tenir chaud. De plus, les écailles permettent aux fibres de laine d’avoir une plus grande surface en contact avec l’air.  La frisure du filé de laine ajoutée à la structure intrinsèque en écailles des fibres de la laine permettent d'emprisonner un volume d'air significatif pour un pouvoir isolant supérieur des produits en laine. 

Tout comme la soie, la laine est une matière fortement hygroscopique. Cela signifie qu’elle peut absorber l’équivalent de 30% de son poids en eau sans pour autant avoir un toucher mouillé et perdre son pouvoir isolant. Elle reste agréable à porter sans que le porteur ressente l'humidité et/ou une déperdition de chaleur. 

De plus, la laine résiste particulièrement bien au feu : elle ne s’enflamme qu’à partir de 560°C et est auto-extinguible. Ce qui signifie qu’elle propage très mal les flammes et s’éteint d’elle-même.

Connaissant ces trois propriétés fondamentales (isolation, hygroscopie, résistance au feu), il n’est pas étonnant de retrouver la laine dans des applications diverses et  techniques telles que le bâtiment, l’habillement technique, la sécurité… en plus de son utilisation pour l’habillement. 👓 L’info en + : Quand on plie la laine, elle a tendance à récupérer cette déformation. Ce qui traduit une propriété d’auto-défroissabilité.

En fonction de la provenance de la laine (race de mouton), la fibre de laine est plus ou moins longue et fine :


Plus le diamètre de la fibre augmente, plus celle-ci est rigide et sera destinée à des applications techniques. 

Qualités produites par les 3 principaux pays producteurs : 

→ Laine Mérinos : laine provenant de la toison des moutons de race Mérinos

→ Laine croisées : laine provenant de la toison de moutons de races croisées, issues du croisement avec des moutons de race Mérinos 

→ Laine communes : laine provenant de la toison de moutons de races autres que la race Mérinos

Les appellations


Il existe différentes appellations de la laine provenant d’ovidés en fonction du mode de prélèvement de la toison, de l’âge et du genre de l’animal, et du diamètre des fibres.

Selon le mode de prélèvement :

  • Laine de tonte : laine obtenue par tonte de l’animal vivant

  • Laine d’épilation : laine obtenue sur l’animal vivant, qui a subi un traitement par administration à celui-ci d’un agent dépilatoire. Il s’agit d’un produit chimique qui stoppe momentanément la croissance du poil qui tombe, alors, tout seul.

  • Laine de peau : laine obtenue sur la dépouille de l’animal abattu

  • Effilochés de laine : laine obtenue par effilochage de produits finis ou semi-finis non-usagés

  • Laine renaissance (c’est joli comme nom pour désigner une laine recyclée, non ?) : laine récupérée par effilochage de produits usagés. L’effilochage consiste à « ouvrir » les articles usagés pour en récupérer les fibres.

Selon l’âge ou le genre des moutons :

  • Laine d’agneau : laine obtenue sur un jeune mouton tondu pour la première fois dans la première année de sa vie ou sur sa dépouille s’il a été abattu

  • Laine d’antennais : laine obtenue sur une jeune mouton de l’année précédente. Ce mouton de 1 an à 18 mois n’a pas encore été tondu, ni été employé à la reproduction.

  • Laine d’adulte : brebis, mouton (bélier castré), bélier


La filature de la laine [1] et [5]


Il existe 2 cycles de filature

  • La filature de la laine peignée, pour les fibres longues et fines

  • La filature de la laine cardée, pour les fibres courtes et grossières

La laine peignée donnent des tissus et tricots d’un aspect fin et sec. Ils sont notamment utilisés pour la confection de produits de luxe. 



Tissus de laine peignée - Costumes en laine peignée (BonneGueule et Smuggler)

La laine cardée donnent des tissus et tricots d’un aspect plus rustique et solide. Ils sont utilisés notamment pour la confection de manteaux. 


Couvertures en laine cardée

Etapes communes aux deux cycles de filature : la tonte, le triage, le lavage et l'ensimage

La tonte de l’animal est une opération sanitaire qui a lieu une fois par an, au printemps.

Oui, le mouton a besoin de l’homme pour se débarrasser de sa toison qui ne tombe pas toute seule ! La preuve en image...!


Après des années d'errance, ce mouton mérinos avait près de 40 kg de laine sur le dos (Le Figaro)

La tonte est effectuée, généralement, manuellement grâce à des ciseaux forces ou par tondeuse électrique. La laine coupée dans la longueur se tient d’une seule pièce. C'est ce qu’on appelle la toison.

Il existe d’autres procédés de tonte dont un qui consiste à appliquer un agent dépilatoire à l’animal. Sa toison va, alors, tomber « toute seule » pour être récupérée.


Tonte des moutons, Ardelaine

S’en suit le triage de la laine, récupérée suite à la tonte, qui consiste à trier la laine des toisons en fonction de la longueur des fibres et de leurs finesses.


Puis, la laine grasse et chargée d’impuretés est lavée. Ce lavage est effectué dans une succession de bacs à contre courant, contenant du carbonate, des détergents synthétiques ou des solvants.


Enfin, elle est ensimée. L’ensimage consiste à enduire les fibres de matières grasses. Juste ce qu’il faut pour que les fibres soient suffisamment imprégnées et glissent facilement les unes par rapport aux autres, sans qu’elles se cassent lors des opérations de cardage et de peignage. 

Ces opérations sont communes aux deux cycles de filature : peignée et cardée. 


Regardons la suite des étapes pour chacun de ces cycles.

→ Le cycle peigné 

Etape 1 : le cardage

La cardage consiste à démêler et paralléliser les fibres, et à enlever les dernières impuretés végétales accrochées. 

A la sortie du cardage, les fibres forment un ruban.

Carde à laine, Ardelaine

Schéma : principe du cardage

Etape 2 : le défeutrage

Les fibres qui constituent le ruban de carde ne sont pas totalement démêlées et parallèles. On parle alors de fibres qui feutrent.

Le ruban de carde passe entre des cylindres garnis de pointes qui alignent plus complètement les fibres.

Etape 3 : le peignage

Le but du peignage est d’éliminer un certain pourcentage de fibres courtes (de moins de 5,5-6 cm de long) qui sont appelées les blousses et qui forment les déchets du peignage.

Ces fibres courtes sont récupérées pour être traitées en cycle cardé.

La vitesse de rotation de la peigneuse projette en dehors les impuretés et les blousses. 



Schéma : principe du peignage

Etape 4 : l’étirage

Le ruban issu du peignage est repris et étiré et doublé. Ceci dans le but de régulariser complètement le ruban peigné.


Schéma : principe du doublage-étirage

Etape 5 : l’affinage

Lors de cette étape, le ruban peigné et étiré est transformé en mèche d’un diamètre plus fin et légèrement retordue. L’affinage est réalisé sur un banc à broches.

C’est notamment lors de l’affinage que des mélanges de laine peuvent être faits. 


Banc à broches de la Filature Arpin (photo : Joseph Melin)

Banc à broches de la Filature Arpin (photo : Joseph Melin)

Schéma : principe du filage

Etape 6 : le filage


Cette étape est la transformation de la mèche en fil.

Le ruban peigné est étiré et retordu en même temps ce qui permet d’obtenir la finesse (ou titre) attendue ainsi que de fixer les fibres entre elles (donner de la cohésion).

Les fils sont d’abord enroulés sur des cops industriels qui seront par la suite dévidés  et renvidés sur des bobines à destination de diverses applications. 

Les fils obtenus par un cycle peigné sont fins, réguliers avec une torsion importante.

Schéma : principe du filage

→ Le cycle cardé


Comme son nom le sous-entend, le ruban en sortie de carde est directement filé.

Etape 1 : le cardage

Le but est le même que pour le cycle peigné expliqué juste avant : démêler, paralléliser et les enlever les dernières impuretés végétales.

A la différence que, dans le cycle cardé, le processus est effectué plusieurs fois afin d’obtenir directement des mèches fines pour le filage. 

Etape 2 : le filage

C’est également le même processus que pour le cycle peigné à la différence que l’étirage et le retordage seront plus faibles.

De même, les fils sont d’abord enroulés sur des cops industriels avant d’être dévidés et renvidés sur des bobines.

Les fils obtenus par un cycle cardé sont plus gros et irréguliers. Leur torsion est également moindre.  → Récapitulatif et comparaison cycle peigné/cycle cardé :

Etapes communes aux 2 cycles : la tonte, le triage, le lavage et l'ensimage Cycle peigné : 6 étapes

  • 1) Cardage : les fibres forment un ruban (fibres → ruban) 

  • 2) Défeutrage : démêlage les fibres du ruban 

  • 3) Peignage : élimination des dernières impuretés et des fibres courtes du ruban 

  • 4) Etirage : régularisation optimale du ruban 

  • 5) Affinage : le ruban affiné devient une mèche prête à être filée (ruban → mèche)

  • 6) Filage : la mèche devient un fil (mèche → fil)

Cycle peigné = fils fins, réguliers avec une torsion importante. Cycle cardé : 2 étapes (seulement)

  • 1) Cardage : l'opération est répétée plusieurs fois pour passer directement d'un amas de fibres à une mèche prête à être filmée (fibres → mèche)

  • 2) Filage : la mèche devient un fil (mèche → fil)

Cycle cardé = fils plus gros et irréguliers, avec une torsion plus faible.  

👓 L’info en + : la filature du coton compte autant d’étapes différentes, similaires à celle de la laine. Et ce n’est que le processus de filature, donc un seul maillon de la chaîne de production des produits finis. 

Cela vous donne un aperçu sur pourquoi acheter des vêtements à bas coûts est une aberration si nous voulons que toutes les personnes intervenants à CHACUNE de ces étapes soient rémunérées à la hauteur de leur travail et travaillent dans les meilleures conditions possibles.  

La laine n’a plus de secret pour vous !

Mais j'entends déjà les questions qui vous brûlent les lèvres… Qu’est ce qu’une laine de bonne qualité ? Peut-on considérer la laine comme une matière textile éthique et éco-responsable ?  Nous y répondrons dans la seconde partie de l'article.  Lire la suite ? C'est par ici...


Sources utilisées pour la rédaction de cet article 


[1] Cours ENSISA (personnel)

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Laine

[3] Union des Industries Textiles, Chiffres clés 2017/2018

[4] Mag'in France, N°11 Janvier/Février 2018, "La laine française dans tous ses états"

[5] I.Brossard, Technologie des Textiles. Dunod, 1997

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